CHAPITRE I
Sources et limites de la croissance |
Fiche de début de chapitre (structure du cours, définitions, sujets possibles)
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Introduction
Dans l'euphorie des années soixante, Paul Anthony Samuelson, Prix Nobel d'économie, s'était laissé aller à rebaptiser l'économie "la science joyeuse de la croissance". A l'époque en effet, la majorité des économistes avaient pour seule préoccupation le maintien du rythme exceptionnel de la croissance économique. La croissance économique, c'est-à-dire l'augmentation du volume de la production mesurée par la variation du PIB réel, est devenue depuis la Seconde guerre mondiale, l'objectif prioritaire des politiques économiques. A cela plusieurs raisons : en premier lieu, la croissance permet l'accroissement des richesses de la population, la hausse du niveau de vie et bien souvent, elle permet l'amélioration des conditions de vie. De la croissance dépend également le niveau de l'emploi et donc celui du chômage, la santé des entreprises et celle des finances publiques. En effet, toute hausse de la production (et de la consommation) se traduit par une augmentation des recettes fiscales de l'Etat, ce qui permet aux administrations publiques d'investir davantage dans les infrastructures publiques nécessaires au développement (santé, éducation, culture et communication...) et de redistribuer plus généreusement les richesses pour réduire la pauvreté et les inégalités. En somme la croissance semble la solution à tous les maux de la société (ou presque...). Aussi convient-il de s'interroger sur les déterminants de la croissance (1ère partie du chapitre). Mais la croissance ne présente pas que des conséquences heureuses. L'accroissement du PIB ne doit pas être considéré comme la panacée, ni comme l'alpha et l'oméga de toute politique économique. D'abord parce que le PIB est un indicateur qui présente bien des limites. Surtout, parce que notre modèle actuel de croissance s'accompagne de nombreux inconvénients qu'il importe de ne pas négliger, notamment les dégradations environnementales qui font l'objet de tant d'attention (Cf. Prix Nobel de la paix 2007) et de débats aujourd'hui (2ème partie du chapitre).
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A. Les sources de la croissance
1. Les déterminants traditionnels de la croissance
L'analyse économique distingue traditionnellement trois déterminants de la croissance économique :
- la hausse du facteur travail (population active) ;
- la hausse du facteur capital (accumulation du capital, investissement, achat de machines et de biens d'équipement...) ;
- la hausse de la productivité (efficacité productive) liée au progrès technique.
La croissance extensive du XIXème et de la première moitié du XXème siècle s'explique, pour une large part, par l'augmentation de la population active (facteur travail) et des machines utilisées (facteur capital).
La croissance intensive de la seconde moitié du XXème siècle s'explique quant à elle par l'accroissement de la population active (augmentation du travail des femmes) et l'accumulation du capital (investissements importants), mais surtout par les gains de productivité.
En fait, seulement la moitié de la croissance française du XXème siècle s'explique par l'augmentation de la quantité des facteurs de production utilisée (travail et capital). L'autre moitié s'explique par les formidables gains de productivité enregistrés notamment du fait du progrès technique qui permet de rendre plus efficace chaque travailleur.
Enfin, les analyses contemporaines expliquent les fluctuations à court terme de l'activité économique par l'évolution de la demande (Cf. analyse keynésienne). En effet, le niveau de la production est déterminé par celui de la demande globale composée de la consommation des ménages, de l'investissement (FBCF) et des exportations. Etant donné l'atonie de l'investissement et le faible dynamisme des exportations, la consommation des ménages (plus de la moitié de la demande gobale et du PIB) reste depuis 1998 le principal moteur de la croissance française (Cf. Articles "D'où vient la croissance en 2006 ?" ou "France : consommation des ménages record, soutien solide pour la croissance 2007").
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2. Les déterminants de la productivité
La productivité correspond à l'efficacité de la combinaison productive. Ainsi, la "productivité globale" se mesure en fonction des quantités produites (ou de la valeur ajoutée) par rapport à la quantité de facteurs de production utilisée (travail et capital).
Les économistes s'intéressent essentiellement à la productivité du travail. Ainsi, on parlera de "productivité apparente du travail" lorsque l'on mesure l'efficacité des salariés d'une entreprise ou d'un pays, mais en soulignant que cette productivité ne s'explique qu'en "apparence" par la qualité du facteur travail, car elle dépend bien évidemment de la quantité et de la qualité du capital utilisées.
Les économistes distinguent généralement deux types de productivité du travail :
- la productivité par tête (Valeur ajoutée/Nombre de salariés) ;
- la productivité horaire (Valeur ajoutée/Nombre d'heures travaillées).
La productivité s'explique par quatre déterminants essentiels :
- la quantité de capital utilisée (FBCF et intensité capitalistique) ;
- le progrès technique incorporé (innovations de procédés) ;
- l'organisation du travail (innovations organisationnelles) ;
- le capital humain (qualifications et compétences des salariés). .
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3. Le rôle des innovations et des institutions
Le rôle de l'innovation dans la croissance économique a été particulièrement bien mis en évidence par Joseph Aloïs Schumpeter. L'entrepreneur, d'après Schumpeter, est un chef d'entreprise qui prend des risques en introduisant des innovations. Ces innovations favorisent la croissance par les gains de productivité qu'elles permettent (innovations de procédé et organisationnelles) et la création de nouveaux marchés dont elles sont à l'origine (innovations de produit). Surtout, l'innovation introduite par l'entrepreneur a des chances d'être suivie par de nombreuses autres innovations qui en découlent ("grappes d'innovations") qui sont autant de sources de nouvelles activités et de croissance. Ainsi, pour Schumpeter, les innovations (progrès technique) jouent un rôle majeur dans l'explication des fluctuations économiques de long terme. Les phases de croissance succèdent aux phases de ralentissement économique par un processus de "destruction créatrice" qui entraîne la destruction d'activités anciennes (et des emplois correspondants) et la création d'activités nouvelles (et de nouveaux emplois) du fait des innovations.
Durant les années 1990, de nombreux économistes ont analysé les nouvelles technologies de l'information et de la communication (NTIC) comme le vecteur de la forte croissance économique que connurent les pays développés à économie de marché (PDEM). La "nouvelles économie" devait permettre à l'économie de connaître une phase longue de croissance, du même type que celle que les PDEM avaient connu durant les Trente Glorieuses entre 1945 et 1975.
Le rôle des institutions dans la croissance économique a été mis en évidence par Douglass North (Prix Nobel d'économie 1993) pour qui ce sont surtout les "incitations institutionnelles" comme la fiscalité, la législation du travail, les droits de propriété , qui encouragent l'innovation, l'investissement, les gains de productivité et les économies d'échelle, toutes choses favorables à la croissance. L'Etat a dans ce cadre là, un rôle majeur à jouer. Il doit assurer le respect des droits de propriété (propriété des biens et propriété intellectuelle) et de la concurrence afin de favoriser l'activité économique.
Pour les théoriciens de la croissance endogène (Paul Romer, Robert Lucas, Robert Barro), l'Etat à un rôle à jouer dans la croissance en finançant les infrastructures publiques de transport et de communication, en encourageant l'innovation, en favorisant la diffusion du progrès technique et en assurant la formation et la hausse des qualifications de la population. L'Etat doit prendre à sa charge les dépenses à l'origine d'externalités positives sources de croissance économique.
Enfin, d'autres économistes comme Amartya Sen (Prix Nobel d'économie 1998) ont mis en avant l'importance d'institutions démocratiques dans le processus de développement, comme d'autres sociologues (Max Weber) ont analysé le rôle de la religion (protestante) dans le développement du capitalisme. Un environnement socioculturel favorable à l'innovation et à l'accumulation de capital (l'investissement) semble être déterminant pour la croissance.
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B. Les limites de la croissance
1. Les limites du PIB
Le produit intérieur brut (PIB), comme le PIB par habitant, ne permet pas de mesurer le bien-être d'une population. Le PIB est un indicateur qui ne prend en compte ni les inégalités, ni la pauvreté, ni les risques sociaux comme le chômage, la maladie, la solitude... Aussi existent-ils de sensibles distorsions entre les évaluations de la richesse et celles du bien-être (indicateur de bien-être économique, indicateur de progrès véritable, ou l'indicateur de progrès qualitatif, ou encore le bonheur national brut...).
Le PIB peut croître alors que la qualité de vie et l'environnement se dégradent, comme le bien-être de la population. Il ne tient pas compte du travail domestique ni des activités bénévoles pourtant utiles à amélioration de la qualité de la vie et des relations sociales. La richesse mesurée par le PIB est essentiellement monétaire.
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2. Les conséquences négatives de la croissance
"Le temps du monde fini commence" écrivait Paul Valéry en 1945 dans Regards sur le monde actuel. Nous venons seulement aujourd'hui de comprendre, en constatant l’évolution du climat, l’avertissement de Paul Valéry : les conséquences de nos actes dépassent ce que notre environnement peut supporter. Le mode de développement économique actuel, s'il continue de surexploiter les ressources naturelles, pourrait conduire à l'extinction de la civilisation comme ce fut le cas pour le peuple polynésien de l'île de Pâques (Rapa Nui) au XVIème siècle. C'est aujourd'hui la croissance mondiale qui expose notre civilisation à une menace comparable.
En trente ans seulement, l'empreinte écologique, c'est-à-dire la pression qu'exerce l'humanité sur la nature, a doublé. L'empreinte écologique dépasse depuis 1980 ce que la planète peut fournir tout en se régénérant. Au rythme actuel d'exploitation des ressources, les hommes auront irrémédiablement épuisé la planète d'ici quelques années. De même, si l'humanité entière adoptait le mode de vie occidental, il faudrait l'équivalent de trois à quatre planètes pour satisfaire l'ensemble des besoins de l'humanité. Cette situation est due à notre mode de croissance qui utilise de plus en plus de ressources naturelles et d'énergie et au développement de pays du Sud comme la Chine ou l'Inde qui adoptent notre mode de vie qui dégrade gravement l'environnement.
Parmi les conséquences écologiques de la croissance, on peut citer le réchauffement climatique (dû à l'émission de gaz à effet de serre des transports, de l'industrie, de l'agriculture, de l'habitat...), l'épuisement des ressources naturelles (surexploitation des mers, des océans, des fôrets, des nappes phréatiques, diminution de la biodiversité), l'épuisement des sources d'énergie non renouvelables, la pollution et l'augmentation des déchets.
Le mode de développement actuel est non durable car il épuise notre planète et l'empêche de se régénérer pour offrir demain autant qu'elle nous offre aujourd'hui.
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3. Le développement durable
La croissance actuelle n'étant pas soutenable à long terme, un changement radical de notre mode de développement et de notre mode de vie paraît nécessaire. Depuis le début des années 1970 en effet, de nombreux observateurs mettent en garde contre les risques que fait courir l'entrée dans la « société de consommation de masse ». En 1972, le rapport Meadows commandé par le Club de Rome tirait déjà la sonnette d'alarme et en appelait à l'arrêt de la croissance par son titre évocateur « Halte à la croissance ». Aujourd'hui, ce sont les objecteurs de croissance pour l'après développement ou « La fondation Nicolas Hulot » qui en appellent à la décroissance. Le principe serait d'adapter les besoins humains aux capacités biologiques de la nature. Pour ce faire, il convient de changer radicalement notre mode de production et de consommation afin de préserver les ressources naturelles et l'environnement.
Site d'information et de débat sur le concept de décroissance
http://www.decroissance.info/-Accueil-
Etant donné les conséquences négatives de la décroissance sur les niveaux de vie, de confort et de développement, cette solution semble difficilement acceptable en l'état actuel des choses, en particulier pour les PED. Aussi, une alternative crédible au mode de croissance actuel et à la décroissance doit être envisagée. C'est ce que propose le rapport Brundtland qui, en 1987, introduit le concept de « développement durable ». Il s'agit d'un mode de développement respectueux de l'environnement et des conditions de vie, qui permet de répondre aux besoins du présent sans compromettre la satisfaction des besoins des générations futures. (Cf. site du Ministère de l'écologie, du développement et de l'aménagement durable). Les solutions concrètes pour un développement durable sont la réduction des gaz à effets de serre (CO2) responsables du réchauffement climatique, le recyclage et la valorisation des déchets, le développement des énergies alternatives propres et renouvelables, la protection des espèces menacées, et l'instauration de nouvelles normes environnementales et de taxes pour les pollueurs (ou la mise en place d'un marché de droits à polluer). La réflexion s'organise également autour des solutions pour un développement plus respon-sable, plus équitable et plus humain (cf. commerce équitable). Depuis 1992 et le sommet de la Terre de Rio (l'Agenda 21), en passant par le protocole de Kyoto (1997), et le sommet de la Terre de Johannesburg (2002), jusqu'à l'organisation d'un Grenelle de l'environnement en France, la prise de conscience des enjeux autour de la question du développement durable semble désormais planétaire.
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La voie choisie par les grands décideurs n'est pas celle de la décroissance, car les ressources financières nécessaires pour protéger l'environnement risqueraient alors de manquer. La croissance peut de ce point de vue être compatible avec l'environnement dans la mesure où elle permet de dégager les moyens pour financer la recherche et le progrès technique nécessaires pour économiser les ressources naturelles et mieux protéger l'environnement (Cf. Site : croissance-verte.com). D'autant que la préservation de la nature est une préoccupation de riches : il faut donc assurer le développement de tous pour que le combat pour sauvegarder la planète soit gagné. On ne réussira pas sans les pays pauvres en exigence de développement et les PED qui représentent aujourd'hui les trois quarts de l'humanité.
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