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CHAPITRE IV

Croissance, progrès technique et emploi

Fiche de début de chapitre (structure du cours, définitions, sujets possibles)

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Les chapitres 2 et 3 ont permis de montrer le rôle du progrès technique dans la croissance économique, notamment à travers les améliorations de l'organisation du travail.
Ce chapitre 4, va nous permettre d'envisager les conséquences de l'introduction du progrès technique, non seulement sur la croissance (ce qui a déjà été étudié dans les chapitres précédents) mais aussi sur l'emploi. Les changements à l'œuvre se situe surtout dans le long terme, mais cela ne nous empêchera pas d'étudier les effets du progrès technique à moyen terme. Que ce soit à moyen ou long terme, le progrès technique provoque des mutations autant quantitatives que qualitatives sur la croissance, l'emploi et les modes de vie.
La question est de savoir si ces transformations apportent un mieux pour la société, ou est-ce qu'elles se traduisent par de nouveaux problèmes qui remettent en cause la croissance et menacent l'emploi. Les relations entre progrès technique et emploi sont complexes. Il s'agira de les envisager toutes pour comprendre les enjeux et les mécanismes à l'œuvre.
Mais lorsqu'on aborde la question de l'emploi, cela ne peut se faire sans envisager le problème que constitue le chômage. Le problème du chômage est l'un des plus épineux de notre société. Il s'agira là aussi de comprendre les raisons de l'hystérèse du chômage (son maintien à un haut niveau) et des difficultés à le combattre. Il s'agira notamment de comprendre comment fonctionne le marché du travail pour en déceler les imperfections et voir quelles solutions peuvent être envisagées pour en l'améliorer. Il faudra poser la question de la flexibilité.
La flexibilité, si elle paraît incontournable pour la compétitivité des entreprises, représente également une remise en cause des droits des travailleurs et porte atteinte à leurs intérêts.
Qui sont les gagnants, qui sont les perdants ?

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A. Progrès technique et emploi.

1. Les effets du progrès technique sur le volume de       l'emploi.

a. Des innovations destructrices d'emplois.

La thèse dominante dans l'opinion publique soutient que le progrès technique est destructeur d'emplois. A quoi Alfred Sauvy répond, « Mais bien sûr que le progrès technique détruit des emplois, il est précisément fait pour ça ! ». La mise en œuvre du progrès technique ne se justifie que dans la mesure où il permet de produire autant ou plus avec moins de travail.
Après le secteur primaire, et le secteur secondaire, c'est depuis les années 1980 au tour du secteur tertiaire de connaître des progrès techniques, avec une automatisation de tâches que l’on pouvait croire protégé hier de la robotisation (distribution, renseignement, mise à disposition d'informations, traitement de données, prise de décision...).

Le niveau de l’emploi va donc dépendre de l’évolution de deux variables : la production et les gains de productivité.

 b. L'innovation à l'origine d'un processus de « destruction créatrice ».

Les effets du progrès technique sur l’emploi doivent être envisagés dans leur double dimension.

Pour Joseph A. Schumpeter, les innovations sont à l’origine d'un processus de « destruction créatrice » qui entraîne la destruction d'activités anciennes (d'anciennes méthodes de production et d'anciens métiers) et la création d'activités nouvelles (nouvelles méthodes de production, nouveaux secteurs et nouveaux métiers). 
Les innovations entraînent ainsi l'apparition d'un « chômage technologique » le chômage qui découle de ce processus, car son existence ne s’explique ni par une insuffisance de la demande (hypothèse keynésienne), ni par un coût trop élevé du travail (hypothèse classique libérale), mais par les mutations économiques qui accompagnent la diffusion du progrès technique.

 c. L'élévation de la productivité s'est accompagnée de la hausse de l'emploi.

Depuis deux siècles, la production par personne occupée (productivité par tête) a augmenté de 1300 %, ce qui correspond à une multiplication par 14. Dans le même temps, la population active occupée (l'emploi) a doublé. Ce qui prouve bien qu'au niveau macroéconomique (économie globle), sur le long terme, des gains de productivité même exceptionnels peuvent se conjuguer à une progression de l’emploi. Le progrès technique ne se révèle pas historiquement comme l'ennemi de l’emploi, bien au contraire...

d.  Comment le progrès technique crée des emplois : la thèse du déversement.

Le progrès technique peut générer des créations « nettes » d’emplois.

D'abord, le nombre d'emplois créés par la production de machines ou d’équipements industriels nouveaux peut en effet compenser les destructions d'emplois engendrées par le progrès technique. C'est ce que l'on nomme la « théorie de la compensation » qui permet de relativiser les pertes d’emploi dues au progrès technique.

Ensuite, les gains de productivité permettent de réduire les coûts unitaires des produits (notamment en économisant des coûts salariaux) et entraînent une baisse des prix. La demande pour ces produits augmente, comme celle des autres produits (du fait de la hausse du pouvoir d'achat) ce qui entraîne à la hausse la production et l’emploi.
L'extension des marchés est d'autant plus forte que l'élasticité (variation) de la demande à la baisse des prix est forte.

Enfin, la thèse du déversement d'Alfred Sauvy postule que les gains de productivité entraîne la hausse des revenus (hausse des profits et des salaires), ce permet d'accroître la demande pour les nouveaux biens (innovations), et pour de nouvelles consommations supérieures conformément à la loi d'Engel.
L’augmentation des revenus se déverse vers de nouveaux secteurs d'activité (essentiellement les services (services individuels ou collectifs), créant ainsi des emplois nouveaux dans le secteur tertiaire (santé, éducation, loisirs, tourisme…) alors que ce même progrès technique en avait supprimé initialement dans le secteur primaire ou secondaire.
Il y a bien ainsi déversement des revenus d'un secteur à un autre et déversement des emplois d’un secteur à l’autre.

En conclusion, selon la théorie du déversement d'Alfred Sauvy, le progrès technique détruit bien des emplois à court terme dans les secteurs où il apparaît, mais grâce aux gains de productivité réalisés, à la baisse des prix et la hausse des revenus et de la demande qui en résulte, il crée à long terme un nombre encore plus important d'emplois dans les autres secteurs d'activité.

2. Les effets du progrès technique sur la structure et la qualité des emplois.

a. Le progrès technique entraîne la tertiarisation des emplois.

On assiste à une tertiarisation de l’emploi puisque le nombre des emplois dans le secteur des services (secteur tertiaire) a plus que doubler depuis la Seconde Guerre mondiale et que la part des emplois de services dans l’emploi total progresse fortement. Inversement, les emplois agricoles et industriels connaissent un déclin marqué.

Ce phénomène de tertiarisation s'explique par les forts gains de productivité que connaissent les secteurs qui mettent en œuvre le progrès technique (primaire puis secondaire), et par le déversement des revenus et des emplois qui en découle vers de nouvelles consommations (essentiellement des produits industriels et de services individuels ou collectifs), créant ainsi des emplois nouveaux dans les secteurs industriels (aujourd'hui surtout à l'étranger) mais aussi tertiaires (santé, éducation, transport, loisirs, tourisme…). 

Ce phénomène est résumé par la loi des trois secteurs de Colin Grant Clark, selon laquelle le développement économique s'accompagne d'un glissement des emplois du secteur primaire (qui connaît de forts gains de productivité) au secteur secondaire (industrialisation), puis du secteur secondaire (qui connaît à son tour de forts gains de productivité) au secteur tertiaire (tertiarisation) qui lui ne connaît que de faibles gains de productivité.

b. Le progrès technique induit une élévation du niveau de formation des actifs.

Entre 1980 et aujourd'hui, on constate une forte progression des qualifications des actifs puisque la part des détenteurs d’un diplôme égal ou supérieur au bac au sein d’une génération a quasiment doublé.
On peut supposer que si les qualifications se sont accrues, c’est en réponse aux exigences des entreprises et du marché du travail qui réclament des actifs mieux formés pour utiliser un appareil productif plus moderne (conséquence du progrès technique). 
 

B. Croissance et emploi.

1. La relation complexe entre productivité, croissance et  emploi.

a.  L'évolution de l'emploi est corrélée à la croissance économique.

Plus la croissance est forte plus il y a de créations d'emplois et moins la croissance est forte, plus l'emploi risque de décliner. L'évolution de la conjoncture économique entraîne l'emploi de manière décalée (six mois) car les entreprises « hésitent à embaucher quand les affaires reprennent ». Elles attendent d'être sûres que la reprise sera durable.

L'explication a cette relation est la suivante : pour produire, il faut du capital et du travail. A priori, plus il y a de biens et services à produire, plus la quantité de travail nécessaire sera importante.
Donc, plus la production augmente (croissance), plus il faut créer d'emplois. Réciproquement, une contraction de la production (dépression) a toutes les chances de réduire le volume de l’emploi.

Mais les gains de productivité viennent perturber la relation entre la production et l’emploi.    En effet, ils ont pour effet de permettre de réaliser une production plus importante sans accroissement de l’emploi. Il est donc possible d’observer une croissance économique sans création d’emplois, comme cela s’est passé entre 2003 et 2005. Pour que la croissance crée des emplois nouveaux il faut qu'elle soit forte (plus de 2 %), c'est-à-dire plus forte que les gains de productivité (+ 2 % par an en moyenne en France).

Taux de croissance – gains de productivité = variation de l'emploi

b. D'où la question : comment enrichir la croissance en emplois ?

Les deux grandes voies suivies en France depuis 1993 pour tenter d’améliorer le contenu en emploi de la croissance économique ont été :

- depuis 1993, alléger le coût du travail en favorisant la modération salariale et la baisse des charges sociales sur les bas salaires. En effet, si le coût du travail baisse, alors le facteur travail va être davantage demandé par les entreprises. Les entreprises substitueront moins souvent du capital au travail, et les ménages utiliseront plus souvent des salariés pour réaliser des services quotidiens (gardes d’enfants, ménages…). Il s’agit surtout de baisser le coût du travail des moins qualifiés, ceux dont l’emploi, dans l’optique libérale, est le plus pénalisé par un coût salarial élevé car leur productivité est souvent insuffisante pour rentabiliser leur coût pour l'entreprise. Le coût du travail pour l'employeur est composé non seulement du salaire mais également des charges sociales et patronales.

Coût du travail = salaire net + cotisations sociales et patronales

- depuis 1996, réduire la durée du travail. Si chaque actif travaille moins longtemps, il faudra faire appel à de nouveaux travailleurs pour assurer le volume global d’heures de travail nécessaire pour réaliser la production. La réduction du temps de travail peut être obtenue par la réduction de la durée hebdomadaire du travail, mais aussi l’allongement des congés payés ou encore l’abaissement de l’âge de la retraite.

2. Création d'emplois et chômage.

Il existe une corrélation inverse ou négative entre les variations de l’emploi et celles du chômage.
Plus le niveau de l’emploi augmente, plus le chômage baisse et réciproquement.
Mais ce n'est pas toujours le cas. Il est possible d'assister à l'augmentation du nombre d'emplois et du nombre de chômeurs en même temps (Cf. de 2001 à 2005) ce qui relativise la corrélation négative décrite précédemment.

a. Un emploi de plus ne fait pas un chômeur de moins.

Lorsque de nouveaux emplois se créent, on peut assister au retour de travailleurs découragés qui redeviennent actifs. Si l’on crée de nombreux emplois à temps partiel, ceux qui vont les occuper faute de mieux peuvent rester inscrits à l’ANPE (mais plus dans la catégorie 1). Enfin, les qualifications des emplois créés peuvent ne pas correspondre aux qualifications détenues par les personnes au chômage.

b. De l'emploi à la baisse du chômage.

La variation de l'emploi aura des effets différents selon le types d'emplois créés, car pour un accroissement identique du volume d’heures de travail, le pays qui crée le plus d’emplois à temps partiel verra son taux de chômage baisser davantae que celui dont l’essentiel des emplois est à plein temps (exemple : Royaume-Uni).

De même, l'évolution de la population active a des effets sur le niveau du chômage, car une création importante d'emplois peut ne pas suffire à absorber l'augmentation du nombre d'actifs, et s'accompagner d'une hausse du chômage. Inversement, de faibles créations d'emplois dans un contexte de stagnation du nombre d'actifs peut se traduire par une baisse des chiffres du chômage.

c. La corrélation complexe entre croissance-chômage.

Plus la croissance économique est forte (en rythme annuel moyen), plus la diminution du taux de chômage a des chances d'être importante. Mais ce n'est pas toujours le cas.
La corrélation entre croissance économique et taux de chômage est donc « imparfaite ».      En effet, une même croissance peut affecter très différemment le niveau du chômage, selon le coût et la durée du travail, les variations de la population active, l’adéquation des emplois créés aux qualifications des chômeurs, ou encore l’importance du travail à temps partiel.

 

C. Flexibilité et emploi.

1. Marché du travail et flexibilité.

a.  L'analyse néoclassique du marché du travail.

Pour les économistes libéraux, le marché du travail est le lieu de rencontre entre l’offre de travail proposée par les ménages et la demande de travail des employeurs qui correspond à la quantité de travail qu’ils sont prêts à acheter pour un salaire donné (prix du travail). 

Les quantités offertes et demandées sont fonction du prix du travail. Plus le salaire est élevé, plus les actifs arbitrent en faveur du travail (au détriment des loisirs) et réciproquement. L’offre de travail est une fonction croissante du salaire.
Plus le prix du travail est élevé, moins les employeurs trouvent rentable d’en acheter et réciproquement. La demande de travail est une fonction décroissante du salaire.

Ainsi, pour les économistes libéraux, le niveau des salaires (prix du travail) agit comme un moyen de régulation de l'offre et de la demande sur le marché du travail. En cas de déséquilibre marqué par une offre supérieure à la demande (chômage), la concurrence doit entraîner une baisse des salaires. Une partie des actifs va se retirer du marché du travail, jugeant peu intéressant de travailler pour un tel prix. Et comme dans le même temps, la demande de travail va s’accroître car celui-ci devient moins cher et donc plus rentable pour les employeurs, la demande devrait égaliser l'offre (plein emploi) et le chômage disparaître.           Mais pour cela il faut que les salaires et les quantités de travail offertes et demandées soient flexibles.

Le chômage est par conséquent la conséquence d'un prix du travail trop élevé qui entraîne un excès d'offre de travail par rapport à la demande de travail.
La solution au chômage classique est donc la réduction du coût du travail (composé du salaire net + cotisations sociales et patronales). Plus globalement, ce sont les rigidités du marché du travail qu'il convient de supprimer. Il faut donc lui redonner de la flexibilité.

b. Les différentes formes de flexibilité.

- Flexibilité quantitative (interne/externe) ;
- Flexibilité qualitative (interne ou fonctionnelle /externe ou de sous-traitance) ;
- L'externalisation (quantitative ou qualitative) ;
- La flexibilité des rémunérations (salariale).
- L'adaptabilité des conditions de travail dans l’entreprise.
- La mobilité professionnelle et géographique.

c. Les solutions libérales au chômage : la flexiblité du marché du travail. 

  • La flexibilité des salaires.

Pour les économistes libéraux, la flexibilité salariale peut être source de création d’emplois.

Salaire minimum et conventions collectives ont introduit des rigidités qui conduisent à payer certains salariés à un niveau que leur productivité ne justifie pas. Les entreprises sont alors amenées à modifier leur combinaison productive en réduisant l’usage du facteur travail.            La demande de travail devient insuffisante pour assurer le plein emploi (situation où les offres d'emplois égalisent les demandes).
Pour les économistes libéraux, plusieurs mécanismes sont à même de permettre à la baisse des coûts salariaux de créer de l'emploi :
- les entreprises substitueront plus souvent du travail au capital ou moins souvent du capital au travail ;
- elles verront leur compétitivité-prix s’améliorer ; 
- leur taux de marge (profit) va s’améliorer et cela va donc faciliter de nouveaux investissements créateurs d’emplois ;
- la baisse des prix due à la diminution des coûts salariaux va entraîner un surcroît de demande, de production et donc d’emploi. 

  • La libéralisation du marché du travail.

Une forte protection de l’emploi (rigidité du marché du travail) s’accompagne d’une augmentation du chômage et d'un allongement de la durée moyenne de chômage, qui pourraient être réduits grâce à la suppression des rigidités, grâce à une plus grande flexibilité. 
Si les contrats de travail autorisent facilement le licenciement (contrat nouvelles embauches), il devient alors facile pour l’entreprise de répondre très rapidement à une augmentation de l’activité par des embauches nouvelles et par des licenciements lorsque la conjoncture se retourne. La rotation de l’emploi est alors beaucoup plus forte et la durée du chômage en moyenne moins longue.
Les protections de l’emploi protègent ceux qui ont un emploi, mais pour les autres (les plus jeunes, les moins qualifiés, les chômeurs…), ceux que l'on appelle les « outsiders », il devient plus difficile d'en trouver un et de le garder et de faire partie des « insiders ».
Le risque du chômage ne serait donc pas équitablement réparti, et les règles de protection de l’emploi se retourneraient contre ceux qui sont socialement les plus faibles.

2. Les limites de la flexibilité du travail.

a.  La précarisation des emplois.

Une forte flexibilité permet d’embaucher facilement, mais aussi de licencier plus facilement les salariés, ce qui entraîne une précarisation des emplois.
En période de croissance, le chômage baisse plus fortement, mais en période de récession, il remonte aussi plus fortement. En fait, la flexibilité permet surtout de réduire les délais d’ajustement de l’emploi à l’activité.
Une forte réglementation de l’emploi freinera à la fois les créations d'emplois mais aussi les licenciements. Il y aura une plus grande inertie des chiffres du chômage (hystérèse du chômage).

Mais les économies flexibles ne créent pas nécessairement davantage d’emplois du fait de leur flexibilité alors que la quantité finale d’emplois créés dépend fondamentalement du rythme de croissance.

b. L'impact négatif de la flexibilité salariale sur l'emploi : la théorie keynésienne.

La théorie néoclassique considère que le prix du travail doit être flexible pour ajuster les quantités demandés aux quantités offertes. Le salaire est dans ce cadre là uniquement perçu comme un coût qui doit varier en fonction de l’offre et de la demande de travail.
Contrairement à la théorie libérale qui analyse le salaire essentiellement comme un coût , la théorie keynésienne analyse le salaire surtout comme un revenu pour les ménages qui travaillent. Il est donc l'un des déterminants essentiels de la demande globale. Or, pour Keynes, c'est le niveau de la demande effective, c'est-à-dire anticipée par les entreprises, qui détermine le niveau de la production et donc celui de l’emploi.
Le chômage s'expliquerait en fait, par l'insuffisance chronique de la demande effective.
Comme le disait John Kenneth Galbraith (grand keynésien, ancien conseillé du Président Kennedy et mort l'année dernière), « si vous baissez les salaires comme le prônent les libéraux (néoclassiques), vous baisserait le niveau de la consommation, donc celui de la production et in fine, celui de l'emploi ».

Pour lutter contre le chômage, il faut au contraire soutenir la demande (politique de relance), et le niveau de la production s’élèvera, et l'économie créera plus d’emplois.
La réduction du chômage entraînera une hausse du pouvoir d’achat global des ménages (puisque les ménages seront plus nombreux à percevoir un revenu), qui à son tour viendra soutenir la demande et sera à la base d’une croissance supplémentaire. Dans ce raisonnement la liaison demande-production-emploi-revenu s’élabore comme un cercle vertueux pour lutter contre le chômage.

c. La segmentation du marché du travail, conséquence de la flexibilité.

Beaucoup des mesures mises en place au lendemain de la guerre visaient à la fois à sécuriser les parcours sociaux des individus et à assurer une distribution du pouvoir d’achat à toutes les catégories sociales grâce à des prestations sociales, en particulier pour ceux qui étaient privés de revenus d’activité. Ceci a contribué à soutenir la demande des ménages et donc la croissance et l’emploi durant les Trente Glorieuses.
MAis au cours des années 1980, une partie importante des salariés est confrontée à l’expérience du chômage de masse. Leur pouvoir de négociation en est singulièrement affecté et plusieurs mesures vont remettre en cause certaines des garanties acquises antérieurement. Le développement des emplois précaires, la fin de l’indexation des salaires sur les prix (la progression du pouvoir d’achat n’est plus automatique) et certains assouplissements dans le droit de licenciement vont fragiliser la condition salariale et les organisations syndicales donnant naissance à deux types de marchés du travail : le marché intene et le marché externe.

Selon la théorie de la segmentation du marché du travail (Peter Piore et Michael Doeringer), il existerait deux marchés du travail : le marché interne (aux grandes entreprises et aux administrations publiques) et le marché externe (les PME).
Le marché interne serait composé d'emplois stables et bien rémunérés, tandis que le marché externe serait plus concurrentiel, flexible et précaire, et l'emploi moins bien rémunéré.

Enfin, la flexibilité du travail serait à l'origine de l'apparition des travailleurs pauvres ("working poors").

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